Le Colisée et les jeux de Titus en 3D
80 apr. J.-C. : Titus inaugure l’amphithéâtre flavien. Entrez dans le Colisée en 3D : le duel de Priscus et Verus, la loge impériale, les gradins par rang, le velarium. Dix points d’intérêt sourcés (Martial, Suétone, Cassius Dion).
Reconstitution d’après les vestiges, le sesterce de Titus (80-81) et les auteurs anciens (Martial, Suétone, Cassius Dion). Échelle : une figurine mesure 1,75 m ; les combats se jouent en boucle. Au loin, les spectateurs sont simplifiés.
Vue d’ensemble : Cent jours de jeux pour l’inauguration
En 80 apr. J.-C., l’empereur Titus inaugure le plus grand amphithéâtre du monde romain, commencé par son père Vespasien vers 70-72 à l’emplacement du lac de la Maison dorée de Néron. Les jeux durent plus de cent jours : chasses, exécutions, combats de gladiateurs et même, selon Cassius Dion, des batailles navales. Suétone parle de 5 000 bêtes tuées en un seul jour. On ne l’appellera « Colisée » qu’au Moyen Âge, sans doute à cause de la statue colossale de Néron dressée tout près.
L’édifice : 188 mètres de long, 50 000 spectateurs
L’ellipse mesure 188 × 156 m et la façade 48 m de haut : trois étages de 80 arcades, ornées de demi-colonnes toscanes, ioniques puis corinthiennes, et un attique. Les arcades des deux étages supérieurs abritaient des statues, comme le montre un sesterce frappé par Titus en 80-81. D’après les trous des lettres de bronze de l’inscription de dédicace, restituée par l’épigraphiste Géza Alföldy, l’amphithéâtre fut bâti « ex manubiis » : avec le butin de la guerre de Judée et de la prise de Jérusalem en 70.
Priscus et Verus : Deux combattants, deux vainqueurs
Le poète Martial, témoin des jeux, décrit le seul combat de gladiateurs raconté en détail par un contemporain. Priscus et Verus luttent longtemps à égalité ; la foule réclame leur grâce. Titus fait alors porter à chacun le glaive de bois (rudis), signe de liberté, et la palme du vainqueur : « deux ont combattu, deux ont gagné ». Leurs types de gladiateurs ne sont pas connus : le diorama montre la paire la plus classique, un mirmillon contre un thrace, sous le bâton de deux arbitres. Plus loin, un rétiaire affronte un secutor : plusieurs paires pouvaient combattre en même temps. Au bord de l’arène, des joueurs de cornu, comme sur la mosaïque de Zliten.
Le mirmillon : Le plus lourdement armé
Le mirmillon (murmillo) doit peut-être son nom à un poisson, le mormyre, que rappellerait le cimier en forme de nageoire de son casque. Il porte un grand bouclier rectangulaire et bombé (scutum), un glaive court, un casque à large bord et visière grillagée, une manchette matelassée (manica) au bras droit et une jambière courte à la jambe gauche. Ses adversaires habituels : le thrace ou l’hoplomaque. Des casques de mirmillon richement décorés ont été retrouvés dans la caserne des gladiateurs de Pompéi, ensevelie en 79.
Le thrace : Petit bouclier, lame courbe
Le thrace (thraex) imite un guerrier de Thrace : petit bouclier carré (parmula) et épée courte recourbée (sica), faite pour atteindre l’adversaire par-dessus ou autour de son bouclier. Pour compenser, ses jambes sont protégées jusqu’en haut des cuisses par de hautes jambières et des bandes matelassées. Le griffon de son cimier est l’animal de Némésis. Le public se partageait entre partisans des petits et des grands boucliers : Titus soutenait les thraces, tandis que Domitien fit jeter aux chiens un spectateur, partisan des thraces, qui s’était moqué de l’empereur (Suétone, Domitien 10).
Le rétiaire : Le filet et le trident
Le rétiaire (retiarius) combat sans casque ni bouclier, avec un filet (rete) lesté de plombs, un trident et un poignard. Une épaulière de bronze (galerus) et une manchette protègent son bras gauche, tendu vers l’adversaire. Léger et rapide, il garde ses distances, cherche à envelopper l’autre dans son filet et frappe au trident. Visage découvert, il passait pour le moins prestigieux des gladiateurs (Juvénal, Satire 8). Dans le cimetière de gladiateurs d’Éphèse, plusieurs crânes portent les trois trous d’un trident.
Le secutor : Le poursuivant
Le secutor, « celui qui poursuit », est l’adversaire du rétiaire. Son casque lisse en forme d’œuf, percé de deux petits trous pour les yeux, ne donne prise ni au filet ni aux pointes du trident ; mais on y voit et on y respire mal : il doit gagner vite, en poursuivant un adversaire plus léger. Il porte le grand bouclier et le glaive du mirmillon. Suétone raconte (Caligula 30) un combat de cinq rétiaires contre cinq secutores : les paires pouvaient s’affronter en même temps, comme ici.
La loge de Titus : L’empereur, maître des jeux
Titus, empereur depuis 79, préside depuis sa loge sur le petit axe de l’arène. C’est lui qui offre les jeux et qui décide, en écoutant la foule, du sort d’un gladiateur à terre. Selon Suétone, il ne cachait pas sa préférence pour les thraces et plaisantait avec le public par des mots et des gestes, et il annonçait des spectacles donnés au goût des spectateurs plutôt qu’au sien. Il meurt l’année suivante, à 41 ans.
Les gradins : Chacun à sa place
Depuis une loi d’Auguste, on s’assoit selon son rang (Suétone, Auguste 44). Les sénateurs occupent le podium, au bord de l’arène ; les chevaliers les rangs suivants ; puis les citoyens, tenus de porter la toge blanche. Plus haut s’installent les plus pauvres, en vêtements sombres, et tout en haut, sur des gradins de bois, les femmes. Chacun entre par l’arcade numérotée qui mène à sa section : 76 entrées portaient un numéro, gravé puis peint en rouge ; celles de XXIII à LIV sont encore visibles.
Le velarium : Une toile au-dessus des gradins
Pour protéger les spectateurs du soleil, une immense toile, le velarium, était tendue depuis 240 mâts plantés au sommet de la façade : on voit encore les consoles et les trous qui les tenaient. Des marins de la flotte de Misène, détachés à Rome, la manœuvraient. Le diorama la montre déployée au-dessus des gradins du haut, le centre restant ouvert ; le détail du mécanisme est discuté. Ses couleurs sont imaginées d’après Lucrèce, qui décrit au théâtre des toiles jaunes et rouges.
Sous les gradins : Un labyrinthe de couloirs
La coupe montre ce que cachent les gradins : des couloirs voûtés concentriques, des murs rayonnants et des escaliers qui mènent chaque spectateur à sa rangée par des passages appelés vomitoires. L’amphithéâtre pouvait ainsi se remplir et se vider rapidement. Les souterrains sous l’arène (l’hypogée), avec leurs monte-charges pour les fauves, ne seront construits que plus tard, sous Domitien : en 80, l’arène est un plancher couvert de sable, l’harena.