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Époque contemporaine2026

Le siège de Kerak en 3D

Décembre 1183 : Saladin assiège le château de Kerak pendant les noces d’Isabelle et d’Onfroi. Explorez en 3D la ville prise, les mangonneaux en action, Renaud de Châtillon sur les murs et l’armée du roi lépreux Baudouin IV. Huit points d’intérêt sourcés (Guillaume de Tyr, Ernoul, Ibn al-Athir).

Reconstitution d’après Guillaume de Tyr, la chronique d’Ernoul, Ibn al-Athir, Abou Shama et B. Hamilton (The Leper King and His Heirs). Château de l’époque des croisés, sans les ajouts mamelouks. Temps et distances resserrés : l’armée royale n’était pas encore sur la crête quand les engins tiraient. Une figurine mesure 1,75 m.

Vue d’ensemble : Le siège des noces

En novembre 1183, le château de Kerak, à l’est de la mer Morte, célèbre le mariage d’Onfroi IV de Toron, 17 ans, et d’Isabelle, 11 ans, demi-sœur du roi de Jérusalem Baudouin IV. Saladin, sultan d’Égypte et de Syrie, choisit ce moment pour attaquer : il prend la ville au pied du château et fait battre les murailles par ses mangonneaux. Le diorama montre les derniers jours du siège, début décembre : la ville incendiée, les engins en action, le camp de Saladin au nord et, sur la crête à l’ouest, l’armée de secours du roi lépreux.

Le château : La Pierre du Désert

Bâti à partir de 1142 par Payen le Bouteiller, seigneur d’Outre-Jourdain, Kerak occupe un éperon rocheux à près de 1 000 m d’altitude. Deux fossés taillés dans le roc l’isolent : au nord face à la ville, au sud face à la colline voisine. De là, ses seigneurs surveillent la route des caravanes et des pèlerins entre Damas, l’Égypte et La Mecque. Les Francs l’appellent le Crac des Moabites, et la seigneurie la « Pierre du Désert ». Le château montré ici est celui des croisés, sans la basse-cour et les ajouts mamelouks du XIIIe siècle.

Renaud de Châtillon : Le seigneur de Kerak

Venu de France avec la deuxième croisade, Renaud de Châtillon devient prince d’Antioche en 1153 en épousant Constance, pille Chypre en 1156, puis passe quinze ans dans les prisons d’Alep. Libéré en 1176, il épouse Stéphanie de Milly, héritière de l’Outre-Jourdain. Il attaque les caravanes et, en 1182-1183, fait transporter des navires en pièces à dos de chameau jusqu’à la mer Rouge pour en piller les côtes, jusqu’aux abords de Médine. Saladin jure de le tuer. Il tiendra parole : après la bataille de Hattin, en 1187, il l’exécute de sa main.

La ville prise : Des plats pour le sultan

À l’arrivée de Saladin, ses troupes enlèvent la ville d’un seul assaut. Les habitants se réfugient dans le château en abandonnant leurs biens ; les maisons sont pillées et brûlées. Selon la chronique d’Ernoul, Stéphanie de Milly fait alors porter à Saladin des plats du festin de noces. Ce sont ces serviteurs que l’on voit traverser la ville en ruine vers le camp du sultan.

Les mangonneaux : Huit ou neuf engins

Les chroniqueurs comptent huit ou neuf mangonneaux. Ce sont des engins à traction : une équipe tire d’un coup sec sur les cordes, la longue verge bascule et sa fronde lance une pierre contre la muraille, de jour comme de nuit. Pendant ce temps, les ouvriers de Saladin tentent de combler le fossé nord. Leur emplacement exact n’est pas connu : on les a placés ici dans la ville prise et sur la colline au sud. Il fallait souvent bien plus que les quatre tireurs montés ici par engin.

La tour des mariés : Une tour épargnée

Isabelle, fille du roi Amaury Ier, vient d’épouser Onfroi, fils de Stéphanie de Milly et beau-fils de Renaud. D’après Ernoul, Saladin, qui a reçu les plats du festin, demande dans quelle tour logent les mariés et ordonne à ses engins de l’épargner ; le reste du château continue d’être bombardé. On voit ici Stéphanie sur le chemin de ronde ; Isabelle et Onfroi ne sont pas représentés. Leur mariage sera annulé en 1190, pour qu’Isabelle, devenue héritière du royaume, épouse Conrad de Montferrat.

Le roi lépreux : Baudouin IV

Le roi de Jérusalem a 22 ans. Atteint de la lèpre depuis l’enfance (son précepteur, Guillaume de Tyr, en a décrit les premiers signes), il est en 1183 presque aveugle et ne peut plus monter à cheval : on le porte en litière. Il vient de retirer la régence à Guy de Lusignan et de faire couronner son neveu, le petit Baudouin V. Il conduit lui-même l’armée de secours, avec le comte Raymond III de Tripoli. Son masque est un emprunt au film Kingdom of Heaven (2005) : aucun chroniqueur ne dit qu’il en portait un. Il meurt en 1185.

Saladin : Le sultan devant Kerak

Salah ad-Din Yusuf, dit Saladin, règne sur l’Égypte depuis 1171 et sur Damas depuis 1174 ; en juin 1183, il vient de prendre Alep. Parti de Damas en octobre, il est rejoint devant Kerak par l’armée d’Égypte de son frère al-Adil : il veut punir Renaud et libérer la route entre ses deux capitales. Mais le fossé profond et le relief arrêtent ses hommes et, quand l’armée de secours approche, il lève le siège, le 3 ou le 4 décembre selon les sources. Son étendard jaune, couleur associée aux Ayyoubides, est ici une hypothèse.

La suite : Kerak tient, puis tombe

Au sud, un second fossé taillé dans le roc sépare le château de la colline voisine. Kerak a tenu : Saladin lève le siège et l’armée royale entre dans la place. Le sultan revient à l’été 1184, sans plus de succès. Après sa victoire de Hattin, le 4 juillet 1187, il exécute Renaud ; Kerak, assiégé plus d’un an, se rend, affamé, à la fin de 1188. Les Mamelouks agrandiront ensuite le château, qui domine toujours la ville d’Al-Karak, en Jordanie.