L’expédition de Gonzalo Pizarro en Amazonie en 3D
Fin 1541, le long du Coca : la colonne de Gonzalo Pizarro cherche le pays de la Cannelle dans la forêt amazonienne. Explorez en 3D le brigantin San Pedro, les porteurs andins, le marais et l’arbre à cannelle. Huit points d’intérêt sourcés (lettre de Pizarro, Carvajal, Cieza de León, Garcilaso).
Reconstitution d’après la lettre de Gonzalo Pizarro au roi (1542), Gaspar de Carvajal, Pedro Cieza de León et l’Inca Garcilaso de la Vega. Le lieu exact, les dimensions du brigantin et le costume des Indiens du Coca ne sont pas connus : ils sont reconstitués. Temps et distances resserrés. Une figurine mesure 1,75 m.
Vue d’ensemble : Au pays de la Cannelle
En février 1541, Gonzalo Pizarro, gouverneur de Quito et frère du conquérant du Pérou, part vers l’est des Andes chercher le « pays de la Cannelle » et, au-delà, le royaume de l’Homme doré. Il emmène environ 220 Espagnols, quelque 4 000 porteurs indiens, des milliers de porcs, des lamas et près d’un millier de chiens. Dix mois plus tard, à la fin de 1541, la colonne épuisée longe le Coca : un brigantin construit sur place porte les malades et les bagages, les autres marchent sur la rive en ouvrant le chemin.
La colonne : Quarante-trois jours le long du fleuve
Selon Pedro Cieza de León, qui a interrogé des survivants à Quito, la colonne suit le fleuve pendant quarante-trois jours. Il faut franchir des marais et des ruisseaux, en pirogue ou sur des troncs ; des hommes et des chevaux s’y noient. La pluie ne cesse presque jamais et les vêtements pourrissent sur le dos. Les chiffres varient selon les sources : 220 Espagnols pour Cieza, 340 pour Garcilaso.
Gonzalo Pizarro : Le gouverneur de Quito
Gonzalo Pizarro a une trentaine d’années. Frère cadet de Francisco Pizarro, il a participé à la conquête de l’Empire inca. Il a cherché la cannelle à pied plus de soixante-dix jours pour ne trouver que des arbres épars, sans valeur pour le commerce. Cieza rapporte qu’il fait torturer et jeter aux chiens des guides indiens dont les réponses le déçoivent. Revenu à Quito, il se révoltera contre le vice-roi du Pérou et sera exécuté en 1548.
Ouvrir le chemin : À la hache et au coutelas
En tête, des soldats ouvrent la route à la hache et au coutelas. Dans sa lettre au roi, Gonzalo Pizarro écrit qu’il fallait parfois construire douze à quinze ponts en deux lieues, et marcher dans l’eau jusqu’aux genoux ou à la ceinture. Selon Cieza, beaucoup vont pieds nus, la peau déchirée par les épines.
Le pont de troncs : Des ponts à chaque ruisseau
Les ruisseaux sont franchis sur des troncs liés par des lianes. Plus haut sur le Coca, d’après l’Inca Garcilaso, les Espagnols avaient déjà jeté un pont de poutres sur une gorge étroite, près d’une cascade que l’on entendait à six lieues, sous les flèches des Indiens de l’autre rive. Un soldat qui regardait le torrent en bas y tomba.
Le San Pedro : Des clous tirés des fers des chevaux
Pour porter les malades et les bagages, la colonne construit un brigantin, le San Pedro. Selon Garcilaso, on monte une forge, on fait sécher le bois du charbon sous des huttes à cause de la pluie et on forge des clous avec les fers des chevaux tués ; la résine des arbres sert de goudron, les vieilles chemises d’étoupe. Le 26 décembre 1541, Francisco de Orellana descend le fleuve avec 57 hommes pour chercher des vivres. Il ne remontera jamais : en août 1542, il atteint l’Atlantique. C’est la première descente de l’Amazone.
Le marais : Manger les chevaux et les chiens
Les palmiers morete poussent les pieds dans l’eau. Les porcs ont été mangés en route. Puis, abandonnés par Orellana, les hommes mangent les cœurs d’héliconias, des graines tombées des arbres, le cuir bouilli des selles. Gonzalo Pizarro écrit au roi que plus de cent chevaux et plus de mille chiens ont été mangés. Les survivants rentreront à Quito vers juin 1542, nus ou vêtus de peaux.
Les porteurs andins : Quatre mille Indiens des Andes
Environ 4 000 Indiens des hauts plateaux de Quito portent les armes et les vivres. Légèrement vêtus, plus de cent meurent de froid dès la traversée de la cordillère enneigée, selon Cieza ; presque tous périront dans l’expédition. Leur costume (tunique, manteau de laine, sandales) est celui des Andes de l’époque, reconstitué.
La « cannelle » : L’ishpingo
L’arbre que cherchait Pizarro est l’ishpingo (Ocotea quixos), parent du laurier. Garcilaso le décrit très haut, à grandes feuilles « comme le laurier », avec des fruits dans des capsules ; c’est la capsule, le calice de la fleur, qui sent la cannelle. Pizarro, lui, écrit au roi que la feuille a bien le goût mais pas l’écorce, et que les arbres sont trop rares et dispersés pour en faire commerce.