La ruée vers l’or en Californie en 3D
Été 1852, dans la Sierra Nevada : batée, berceau, long tom, sluices, rivière détournée, canaux, puits à treuil et arrastra. Explorez en 3D comment fonctionnait la ruée vers l’or, et qui la faisait. Dix points d’intérêt sourcés (Mason, Sherman, Buffum, Dame Shirley).
Reconstitution d’après le rapport du colonel Mason (1848), les mémoires de W. T. Sherman, E. G. Buffum (1850), les lettres de Dame Shirley (1851-1852) et les daguerréotypes de l’époque. Vallée imaginaire qui réunit les méthodes de 1852 ; les tenues nisenan sont reconstituées. Une figurine mesure 1,75 m.
Vue d’ensemble : Comment marche une ruée
Depuis la découverte de l’or à Coloma, en janvier 1848, des centaines de milliers de chercheurs sont venus du monde entier : en 1852, la Californie compte près de 261 000 habitants non amérindiens, contre environ 7 000 avant la ruée. Cette vallée imaginaire réunit ce qu’on voit alors dans les mines du Nord. Chaque mineur travaille sur une concession : sa taille est fixée par l’assemblée des mineurs du camp, elle est marquée de piquets et d’un avis cloué, et elle se perd si on cesse de la travailler. On s’associe à deux, à trois, ou en « compagnie » de six à huit hommes.
La batée : Faire tourner la batée
Le nouveau venu commence par la batée : une cuvette de fer-blanc remplie de gravier et d’eau qu’on fait tourner pour chasser le sable léger. L’or, dix-neuf fois plus lourd que l’eau, reste au fond. Arrivé de l’Est par l’isthme de Panama ou par le cap Horn, il a payé sa batée 5 dollars à San Francisco, ses bottes 16 dollars (E. G. Buffum, 1849).
Le berceau : Le berceau, à trois
Le berceau lave bien plus vite : une caisse posée sur deux bascules, un tamis percé en tête, des tasseaux au fond. L’un pellette le gravier, l’autre verse l’eau et balance la caisse : le sable s’écoule, l’or se prend derrière les tasseaux. En juillet 1848, d’après W. T. Sherman, quatre hommes et un berceau tiraient de 40 à 100 dollars par jour, environ une once d’or chacun.
Les sluices : Long toms et sluices
Dès 1850, le long tom, une auge de 12 pieds suivie d’une caisse à tasseaux sous une tôle percée, lave des tonnes de gravier ; il faut six à huit hommes. Puis viennent les sluices : des caisses mises bout à bout que l’eau traverse sans arrêt, pendant que les associés y jettent le gravier à la pelle. On coupe l’eau de temps en temps pour recueillir l’or pris dans les tasseaux, souvent avec du mercure.
La rivière détournée : Mettre une rivière à sec
L’or le plus riche dort au fond des rivières. L’été, quand l’eau est basse, une compagnie barre la rivière de rondins et de pierres et l’envoie tout entière dans une grande dalle de bois : le lit est à sec, on le fouille à la pioche. Une roue à aubes, mue par le courant, actionne une pompe qui vide les fosses. À Smith’s Bar, cinq hommes ont détourné trente pieds de rivière en deux semaines et tiré 15 000 dollars en dix jours (Buffum).
Le canal : L’eau vaut de l’or
Sans eau, pas de lavage. Des compagnies creusent des canaux à flanc de colline, franchissent les ravins sur des dalles portées par des tréteaux et vendent leur eau aux mineurs, mesurée au « pouce de mineur ». Dans les années 1850, ces canaux couvrent des milliers de kilomètres dans les contreforts de la Sierra.
Les puits : Les trous de coyote
Sur les collines, l’or ancien gît dans des graviers enfouis. On creuse des puits étroits, les « trous de coyote », et un treuil remonte la terre au seau. Les tas attendent l’eau des pluies d’hiver pour être lavés. Le travail est dangereux : les puits mal boisés s’éboulent.
L’arrastra : Le savoir des Sonoriens
Les mineurs venus du Sonora, au Mexique, apportent la batea, une sébile de bois, et l’arrastra : sur une aire de pierre, un bras tiré par une mule traîne de lourdes pierres qui broient le quartz aurifère. En avril 1850, une taxe de 20 dollars par mois sur les mineurs étrangers chasse beaucoup de Sonoriens et de Chiliens : la ville de Sonora perd les quatre cinquièmes de ses 5 000 habitants.
Les mineurs chinois : Vingt mille en un an
En 1852, environ 20 000 Chinois arrivent en Californie, presque tous du Guangdong. En groupes, ils reprennent au berceau des concessions abandonnées que d’autres jugent épuisées. Cette année-là, une nouvelle taxe de 3 dollars par mois vise les mineurs étrangers, d’abord les Chinois et les Hispaniques ; des percepteurs la lèvent de camp en camp.
Le magasin : Payé en poudre d’or
Tout arrive de San Francisco et de Sacramento, à dos de mule : farine, porc salé, outils, bottes. Les prix suivent l’or : en 1849, un petit-déjeuner pour deux coûte 43 dollars à Coloma (Buffum). On paie en poudre d’or, pesée sur la balance du marchand. L’express, Adams & Co. puis Wells, Fargo & Co. à partir de 1852, emporte l’or et le courrier vers la ville.
Les Nisenan : Le pays des Nisenan
Cette vallée est le pays des Nisenan. En 1848, beaucoup lavent l’or pour des Blancs, dans leurs paniers tressés, ou l’échangent contre des vivres et des couvertures (Buffum). Puis les mines les chassent de leurs rivières. Maladies, famines, travail forcé et massacres : les Amérindiens de Californie passent d’environ 150 000 en 1846 à 30 000 en 1873 (B. Madley). Ici, une femme pile des glands, leur nourriture de base, dans un mortier creusé dans le granite.