La nuit de Tchernobyl en 3D
26 avril 1986, 1 h 45 : le réacteur n° 4 vient d’exploser. Explorez en 3D la centrale éventrée, les pompiers sur les toits, la salle de commande et Pripiat endormie. Huit points d’intérêt sourcés (AIEA, UNSCEAR, archives soviétiques).
Reconstitution d’après l’AIEA (INSAG-7), l’UNSCEAR, la World Nuclear Association, la centrale de Tchornobyl, les archives soviétiques publiées par le Wilson Center et les témoignages réunis par A. Higginbotham. Proportions des bâtiments d’après les photos ; distances raccourcies (Pripiat est à 3 km). Une figurine mesure 1,75 m.
Vue d’ensemble : La nuit du 26 avril 1986
À 1 h 23, le réacteur n° 4 de la centrale Lénine, près de Tchernobyl en Ukraine soviétique, explose pendant un essai : l’équipe vérifiait combien de temps les turbines, en ralentissant, pourraient encore alimenter les pompes de refroidissement en cas de coupure de courant. Deux explosions se suivent en quelques secondes. Le diorama montre la scène vers 1 h 45 : le bloc 4 éventré, les pompiers sur les toits, la salle de commande, les premiers secours et, au loin, la ville de Pripiat endormie.
Le réacteur n° 4 : Un cœur à ciel ouvert
À la fin de l’essai, à 1 h 23 min 40 s, le bouton d’arrêt d’urgence AZ-5 est pressé : la puissance du réacteur, de type RBMK à graphite, s’emballe et deux explosions détruisent le hall. La dalle supérieure, surnommée « Elena » (17 m de diamètre, environ 2 000 tonnes), est soulevée puis retombe presque à la verticale. Environ un quart du graphite est projeté sur les toits et alentour ; le reste brûle dans le cœur ouvert jusqu’au 10 mai. Un témoin, Alexandre Iouvtchenko, voit monter du bâtiment une colonne de lumière bleutée, peut-être l’air ionisé par le rayonnement (la cause est discutée).
La salle de commande : Akimov, Toptounov, Diatlov
Dans la salle de commande du bloc 4, à 10 m de hauteur, le chef d’équipe Alexandre Akimov et Léonid Toptounov, 25 ans, aux commandes du réacteur depuis deux mois seulement, mènent l’essai sous la direction de l’ingénieur en chef adjoint Anatoli Diatlov. Après les explosions, ils croient encore le réacteur intact et cherchent à y envoyer de l’eau. Tous trois sont gravement irradiés : Akimov et Toptounov meurent en mai 1986 ; Diatlov, condamné en 1987, vivra jusqu’en 1995. Le personnel de la salle portait une combinaison et un béret blancs.
Les pompiers : Sur le toit de bitume
Alertés à 1 h 25, les pompiers de la centrale, menés par le lieutenant Vladimir Pravik, puis ceux de Pripiat, avec le lieutenant Viktor Kibenok, montent sur le toit de bitume de la salle des machines : il faut empêcher le feu d’atteindre le bloc 3, toujours en marche. Ils n’ont que leur tenue de toile, des moufles et un casque à visière, et marchent sur des morceaux de graphite. Vers 2 h 30, Pravik et Kibenok, malades, sont relevés. Six pompiers mourront du syndrome d’irradiation aiguë dans les semaines suivantes.
Le bloc 3 : Le voisin toujours en marche
Les blocs 3 et 4 partagent un même bâtiment et une cheminée de ventilation rayée de rouge et de blanc, dont le sommet culmine à 150 m. Des morceaux de graphite allument des feux sur le toit du bloc 3 : le major Leonid Teliatnikov, chef des pompiers de la centrale, en compte au moins cinq. Le bloc 3 n’est arrêté qu’à 3 h du matin ; il redémarrera en 1987 et fonctionnera jusqu’en 2000.
Les renforts : 186 pompiers à l’aube
Camions-citernes ZIL, auto-échelle de 30 m : les pompiers montent par les échelles extérieures et hissent leurs tuyaux jusqu’aux toits. Les renforts arrivent de Pripiat, puis de toute la région de Kiev : à 6 h 35, 37 équipes, 186 pompiers et 81 véhicules sont sur place, et tous les feux visibles sont éteints. Le graphite du cœur, lui, brûle encore : du 27 avril au 5 mai, des hélicoptères y larguent quelque 5 000 tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore et de dolomite.
Les secours : Un seul médecin
Le docteur Valentin Belokon, de l’ambulance de Pripiat, est pendant des heures le seul médecin sur le site ; il sera lui-même irradié. Les blessés partent pour l’hôpital de Pripiat, puis les plus atteints pour l’hôpital n° 6 de Moscou. Au total, 134 pompiers et employés souffriront du syndrome d’irradiation aiguë ; 28 en mourront dans les mois suivants (UNSCEAR).
Les salles des pompes : Les deux premières victimes
Valeri Khodemtchouk, opérateur des pompes de circulation, se trouvait dans la salle qu’éventre l’explosion. Son corps n’a jamais été retrouvé : il repose sous les ruines du bloc 4. Vladimir Chachenok, ingénieur de mise en service, gravement blessé, meurt à 6 h du matin à l’hôpital de Pripiat. Ce sont les deux premiers morts de la catastrophe.
Pripiat : Une ville qui dort
À 3 km de la centrale, Pripiat, la ville des employés, compte près de 50 000 habitants. Cette nuit-là, presque tous dorment ; quelques-uns regardent la lueur depuis leur fenêtre. L’évacuation n’est lancée que le lendemain, le 27 avril vers 13 h 30 : plus d’un millier de bus emmènent les habitants « pour trois jours ». Ils ne reviendront jamais. En 1986, quelque 116 000 personnes sont évacuées dans un rayon de 30 km.