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Époque contemporaine2026

La Trinidad de Magellan en 3D

Janvier 1521, au milieu du Pacifique : montez à bord de la Trinidad, navire amiral de Magellan, pendant trois mois de traversée sans ravitaillement. Neuf points d’intérêt d’après le journal de Pigafetta.

Aucun plan de la Trinidad n’a survécu : proportions, gréement et aménagements suivent les études de la nao Victoria (Institut d’histoire navale espagnol). Échelle : une figurine mesure 1,75 m. Le navire file vers l’ouest à environ 4 nœuds.

Vue d’ensemble : La nef amirale de Magellan

La Trinidad jauge environ 110 toneles : c’est la plus grande des cinq naos parties de Sanlúcar en septembre 1519. Il en reste trois quand la flotte sort du détroit, le 28 novembre 1520. Commence alors la traversée du Pacifique : trois mois et vingt jours sans ravitaillement, jusqu’à Guam, le 6 mars 1521. Château avant, tolda et toldilla à l’arrière, trois mâts et un beaupré : le navire type des grandes découvertes ibériques. Environ soixante hommes vivent à bord.

La tolda : Commander et naviguer à l’estime

Sur la tolda, le demi-pont arrière, Magellan scrute l’horizon ; derrière lui, Antonio Pigafetta tient le journal qui racontera le voyage. Personne ne sait mesurer la longitude. Le pilote tient l’estime : cap lu sur l’aiguille aimantée, temps écoulé, vitesse jugée en chronométrant un morceau de bois jeté à la proue jusqu’à ce qu’il passe la poupe. À midi, l’astrolabe ou le quadrant donne la hauteur du soleil, donc la latitude. Il « jette le point » sur la carte.

L’ampolleta : Le temps en sablier

Sous la tolda, le timonier pousse la longue barre, les yeux sur la bitácora, le coffre de la boussole. Posée dessus, l’ampolleta : un sablier d’une demi-heure qu’un page retourne au dernier grain en chantant une courte prière. L’équipage se relaie en trois quarts ; la nuit, la prima (20 h – minuit), la media (minuit – 4 h) et l’alba (4 h – 8 h). La journée de navigation commence à midi, quand le soleil est au plus haut.

La voilure : Cinq voiles et des bonnettes

Civadière sous le beaupré, misaine, grand-voile surmontée du hunier et voile latine à l’artimon. Par vent portant, on lace sous la misaine et la grand-voile des bandes de toile en plus : les bonnettes. Le contremaître dirige la manœuvre au sifflet, en silence, pour que chaque ordre soit entendu. À tribord, deux marins pèsent sur le bras de la grand-vergue. Choix de reconstitution : les voiles portent la croix rouge de Santiago, ordre dont Magellan était chevalier, comme sur la réplique de la Victoria.

La hune : La vigie

Seul le grand mât porte une hune : une plate-forme ronde entourée d’un garde-corps de bois gainé de cuir ou de toile. On y monte par les enfléchures tendues entre les haubans. Le serviola y guette la terre, les récifs et les voiles étrangères ; par mauvaise visibilité, il descend à la proue. En plus de trois mois, la flotte n’aperçoit que deux îlots déserts, que Magellan nomme les îles Infortunées.

Le fogón : Un seul repas chaud

Le fogón est un foyer de fer posé sur un lit de sable, abrité du vent ; un grumete y remue le potage. Il reste allumé le moins longtemps possible et doit être éteint avant le coucher du soleil ; par gros temps, le repas est froid. Chaque homme a droit à deux ou trois litres d’eau et un litre de vin par jour, avec du biscuit, du riz et des pois chiches. Viande le dimanche, le lundi, le mardi et le jeudi, poisson le mercredi et le vendredi, fromage le samedi.

La faim : Les cuirs de la grande vergue

Des peaux de bœuf gainaient la grande vergue pour qu’elle n’use pas les haubans. Dans le Pacifique, raconte Antonio Pigafetta, le biscuit n’est plus qu’une poudre pleine de vers souillée par les rats, et l’eau jaunie empeste. On laisse tremper ces cuirs quatre ou cinq jours dans la mer, puis on les passe sur la braise pour les manger. On mange aussi de la sciure ; un rat se vend un demi-ducat. Le scorbut fait enfler les gencives : dix-neuf hommes meurent. Sur le pont, un malade reste allongé sur sa natte.

Le château avant : Dormir et vivre entassés

Chacun dispose d’environ 1,5 m². On dort sur une natte de sparte, roulée le jour dans un sac, sous le château avant, sur le pont ou sur les coffres ; en cas de décès, elle sert de linceul. Les officiers logent à l’arrière. L’eau douce est réservée à la boisson et à la cuisine : on se lave à peine. Pour ses besoins, on va aux latrines de proue ou l’on s’accroche aux haubans, par-dessus bord. Rats, poux et cafards font aussi le voyage.

Le farol : Suivre la lumière de l’amiral

Magellan veut que la Trinidad ouvre la route. La nuit, un farol brûle à sa poupe, torche ou lanterne, pour que les autres navires ne la perdent pas de vue. Ses feux sont des ordres, et chaque navire répond : deux feux pour changer de route, trois pour amener une voile, quatre pour amener toutes les voiles ; un coup de bombarde annonce une terre ou un haut-fond. À la traîne, la chaloupe suit le sillage.

L’équipage : De capitaine à page

À bord : capitaine, maître, pilote, contremaître, écrivain, alguazil, dépensier, charpentier, calfat, tonnelier, barbier-chirurgien, canonniers, marins, grumetes de 16 à 20 ans et pages de 8 à 16 ans. Soldes mensuelles de l’expédition : 3 300 maravédis pour un capitaine, 1 200 pour un marin, 800 pour un grumete, 300 pour un page. Une vache coûte alors 2 000 maravédis. Aux deux pompes, on vide sans cesse l’eau qui s’infiltre dans la cale.